13 février 2008

22, v'là les flics !


J'ai souvent conseillé aux débutants voulant se lancer dans le monde fascinant des Pu Er de commencer par s'offrir les trois vracs d'entrée de gamme de la M3T. Ils sont accessibles à toutes les bourses et sont très représentatifs de ce que peut être réellement un Pu Er âgé d'une dizaine d'années.

Parmi les trois, un seul ne fait pas généralement l'unanimité chez ceux qui les ont tous testés : le vrac 22/1996. Et pourtant, de part sa forme, c'est le seul qui ressemble le plus à un Pu Er car les deux autres (23/1997 et 24/1998) ont des feuilles gigantesques, hors-normes qui font penser à tout autre chose qu'à des feuilles de thé !


Oui mais c'est un 'cuit' me diront certains. Certes, la réputation des Pu Er 'cuits' proposés en vrac est en général catastrophique mais parfaitement fondée car la majorité d'entre-eux sont proprement infects : ils ont tous cette odeur caractéristique de poisson pourri digne des pires sauces soja. Toutes les enseignes célèbres (exceptée la M3T) proposent malheureusement ce type de Pu Er sur leur carte. Il ne faut donc pas s'étonner que la majorité des gens soient rebutés par les Pu Er !! Pour l'anecdote, la première fois que j'ai bu un Pu Er, j'ai presque vomi... Je m'étais juré de ne plus jamais en boire... bon, j'ai très légèrement changé d'avis depuis ! Et pourtant il provenait d'une maison de thé très célèbre en France... Bref.

Revenons à notre n°22. Pourquoi beaucoup d'entre-nous passent-ils à côté de ce petit bijou ? Tout simplement parce qu'il nécessite quelques précautions particulières. Moi-même, je l'ai raté à plusieurs reprises ! Pour commencer, il s'agit d'un thé qui offre un parfum subtil, délicat (très proche du vrac 11/1970... et oui, j'assume en disant cela !). Ceux qui s'attendent à un goût puissant à faire exploser et projeter leur râtelier (ou leur appareil dentaire pour les Kevin de service !!) sur le mur d'en face, autant les prévenir tout de suite : fuyez, vous perdez votre temps !

Non, il s'agit d'un Pu Er très parfumé mais qui requiert visiblement des zones olfactives très différentes de celles qui servent habituellement dans une dégustation (je ne sais pas si ce sont les bons termes scientifiques mais vous m'aurez compris). Le côté iodé mélangé aux fruits secs et aux parfums de gâteau est extrêmement élégant mais demande une concentration toute particulière pour pouvoir y adhérer.

Si l'univers de ce thé est au goût de celui qui le déguste, on rentre alors dans quelque chose d'assez merveilleux pour un Pu Er de ce prix. On y trouve grosso-modo tous les aspects d'un VRAI Pu Er 'cuit' (terre humide, notes pâtissières, etc...) mais avec un équilibre remarquable et une excellente tenue des infusions. Au fil des infusions, la douceur toute relative permet même d'aller assez loin dans la diversité de goût.


Le seul problème et pas des moindres : il faut impérativement une théière qui monte très haut en température. A peine trois de mes vénérables Yixing d'époque destinées aux Pu Er (dont la petite taïwanaise et la Duanni orange) ont réussi le test qui consistait à transformer ce petit vrac en chef d'oeuvre. Autre impératif : un dosage généreux : 5-7 g / 10 cl avec une eau parfaite (cartouche Brita neuve si possible) et surtout bouillante. Les infusions seront de préférence assez longues : de 1mn30 à 2 mn.

Si tous ces éléments sont réunis, ce vrac 22/1996 explosera littéralement en bouche et il sera du coup superflu de rêver aux galettes des années 80. En effet, il saura très bien remplacer certaines d'entre-elles qui n'ont vraiment pas à le faire rougir de honte ;-)

6 février 2008

To blog or not to blog...


Pourquoi ce besoin que nous avons tous de raconter notre vie à travers un blog exclusivement dédié au thé ?

- Un besoin de partage d'une passion dévorante ?

- La recherche désespérée d'une reconnaissance, même si elle reste totalement virtuelle ?

- Un outil pour assouvir certains manques... ?

- Un remède à des frustrations insoupçonnées ?

- De l'exhibitionnisme plus ou moins inavoué ?

- Le besoin de flatter son ego en attendant une myriade de compliments sur tel ou tel propos ou photo ?

- La quête maladive d'une certaine forme de perfection transposée à l'art du thé (en d'autres termes, l'envie que tout le monde puisse atteindre cette même "perfection") ?

etc, etc...

Peut-être est-ce tout ça à la fois ? Bref, on n'est pas très loin de la psychanalyse de comptoir comme diraient certains... J'ai beau essayer de tourner le problème dans tous les sens, je n'arrive pas à trouver de réponse précise à cette question fondamentale : pourquoi ai-je lancé mon blog le 4 octobre 2006 ?

Alors quel est le but final de nos blogs ?
To blog or not to blog... that is the question, à laquelle j'invite tous les autres brillants collègues bloggeurs (et vous, fidèles lecteurs) d'essayer d'y répondre. On ne sait jamais, ça peut toujours intéresser certaines personnes de le savoir ;-)

23 janvier 2008

Profonde léthargie


Pourquoi un thé, surtout un Pu Er, n'a-t-il pas le même goût tous les jours ?

En effet, j'évoquais ce phénomène avec Raphaël qui avait constaté la même chose. Cette curieuse impression qu'un thé se retire de temps en temps comme s'il entrait en phase de veille ou d'hibernation.

C'est d'autant plus étrange que certaines galettes qui ont généralement un caractère bien trempé, comme par exemple la 11/1985 ou la 31/1998 (références M3T), semblent certains jours totalement plates, sans goût, sans vie. A peine arrive-t'on à distinguer certains fondamentaux mais c'est tout.

Curieusement ce problème n'est jamais lié à la qualité de l'eau ni à la théière utilisée. De même, les dosages et les temps d'infusion restent strictement les mêmes.

Est-ce dû au processus naturel de fermentation, de vieillissement qui se "déclenche" de manière aléatoire et qui plonge la galette dans une sorte coma profond qui lui est nécessaire ? Est-ce peut-être l'influence de la météo sur nos galettes et briques (notamment l'hygrométrie) ? Est-ce tout simplement notre état d'esprit au moment où nous buvons notre thé ? Certes notre humeur peut influer sur notre perception sensorielle des choses mais de là à retrouver un thé puissant réduit au stade de verveine ou de camomille, il y a de la marge tout de même !!

J'en ai parlé à un ami qui suit actuellement des cours de viticulture. Il m'a répondu que la tendance actuelle du milieu était la culture en fonction de la lune et autres critères basés sur le cycle des éléments naturels. Il semble prouvé désormais que certains vins seraient qualitativement bien supérieurs aux autres s'ils sont produits de cette façon-là. Il m'a précisé que certains jours seraient propices aux végétaux, d'autres plutôt aux minéraux et ainsi de suite. Il pense que cela pourrait être un élément de réponse pour nos Pu Er qui s'exprimeraient mieux certains jours... En gros, si ce n'est pas un jour dit "végétal", évitons de boire du thé ! Mouais, pourquoi pas, mais je reste assez méfiant à l'égard de cette notion de bio-dynamie un rien subjective et surtout très floue.

Alors on peut toujours essayer de disserter des heures entières sur les causes de façon ésotérique comme le fameux 'Qi' si cher aux asiatiques. Comme je n'y crois guère, je pense qu'il s'agit d'autre chose. Mais quoi ? Bizarre, bizarre. Quelqu'un aurait-il un début de réponse ?

16 janvier 2008

Lune de miel


Encore un mariage réussi, une union parfaite qui débouche sur quelque chose d'innatendu.

Une "terre épuisée" de la M3T de 10 cl et une galette assez méconnue et un peu sous-estimée de Tea Masters : une Yi Wu Zheng Shan Ye Sheng Cha de 2001.

Je ne sais pas pourquoi, cette galette traînait au fond de mon tiroir secret depuis des lustres. Pour différentes raisons, je passais chaque fois mon chemin quand il s'agissait de choisir le Pu Er du jour.


Si je me souviens bien, ce Pu Er était à l'époque de son achat (2005) assez fleuri, sucré mais surtout très mentholé. Hélas une amertume assez persistante me rebutait de plus en plus au fil du temps et surtout de mes autres découvertes en matière de Pu Er (et il y en a eu depuis, croyez-moi ...!).

Je choisis souvent ce que je veux boire en fonction de la théière que j'ai envie d'utiliser. Le contraire est également vrai, mais la théière m'inspire souvent davantage que le thé en lui-même.


Ce week-end, mon oeil se pose soudainement sur cette théière que j'utilise indifféremment avec toutes les sortes de Pu Er. Sa qualité première est sa capacité de monter très très haut en température grâce à une terre dense qui permet de maintenir longtemps les feuilles au chaud. Elle arrondit en général les thés corsés en donnant beaucoup de mâche et en faisant abondamment saliver... Tout ceci est très abstrait me direz-vous mais je le ressens ainsi !

Je regarde cette théière et en un clin d'oeil je repense à cette galette oubliée. Je me mets à sa recherche. Pas évident de déplacer toutes les galettes qui se superposent !!!


En la déballant, je suis tout d'abord charmé par la beauté des feuilles. Je ne m'en souvenais plus (ce thé provient de théiers sauvages). Les feuilles se détachent très facilement, que c'est agréable, je n'ai même pas besoin de mon sabre laser à la Dark Vador pour casser quelques bouts !!

Je lance le Gong Fu Cha avec bien évidemment la théière dont je viens de vous parler. Pour l'anecdote, cette Yixing reste si chaude, que je me suis brûlé quelques minutes après avoir versé l'eau bouillante... Impressionnant.

Quant à notre galette Tea Masters, que de changements : l'amertume a disparu ou reste très résiduelle. Le côté frais de type "Hollywood chewing gum à la menthe" : envolé ! On est sur des notes bien chaudes de cassonade, de miel d'acacia, d'épices (proches de la galette M3T n°31 de 1998). L'équilibre général est très homogène. Une attaque très parfumée qui explose en bouche avec un final très raffiné et persistant. Magnifique !


La théière y est vraiment pour quelque chose car j'ai effectué des dégustations parallèles avec une autre théière plus poreuse et avec un zhong en porcelaine. Les dosages et les temps d'infusion restent inchangés : de bien médiocres résultats, surtout en zhong où l'amertume a fait son "come-back"; beurkh !

Dommage que cette sympathique galette, peu chère de surcroît, ne figure plus dans la sélection inspirée de Tea Masters car elle est digne d'être présente dans toute bonne collection de Pu Er.

DERNIÈRE MINUTE : un nouveau blog qui s'annonce bien sympathique : En Forme de Poire. Son papa ne s'appelle pas William mais Patrick !!! Je l'ai rajouté dans mes liens. Souhaitons-lui beaucoup de succès ;-)

9 janvier 2008

La Vérité est ailleurs...

Mercredi 09/01/08, 17h52.
Bureau du F.B.I. des agents Mulder & Scully, experts en paranormal et en thé chinois (aucun rapport entre les deux, je sais, quoique... !).





MULDER : "écoute Scully, une nouvelle affaire non classée me tourmente de plus en plus en ce moment. Un mystère qui surpasse toutes les curiosités de la terre, l'inexpliqué, les extra-terrestres, le surnaturel ne sont rien à côté de ce que je viens de découvrir..."

SCULLY : "ça y est, tu as encore vu des petits hommes verts entrain de kidnapper Madame Tseng à bord de leur soucoupe volante ?!"

MULDER : "non c'est bien plus étrange et invraisemblable que ça..."

SCULLY : "mais qu'est-ce que c'est alors, tu vas lâcher le morceau ou quoi... ?!"


MULDER : "OK mais tiens-toi bien car nous sommes bien au-delà de la quatrième dimension. Voilà, selon mes informateurs secrets, il paraîtrait qu'un cercle d'amateurs clonés à partir d'ADN d'origine extra-terrestre prétend pouvoir défier les lois de la physique en pensant réussir à infuser des Wulongs et des Pu Er dans un misérable Zhong en porcelaine si fine réputée pour refroidir encore plus vite que la vitesse de lumière"

SCULLY : "pas possible, tu déconnes ou quoi ?..."

MULDER : " non ma chère Scully c'est authentique, ces êtres existent et sont parmi nous, je sais ça paraît complètement fou. D'ailleurs le fait même de croire qu'un cube M3T de 1987 dur comme de la pierre ou qu'un superbe Da Yu Ling de Tea Masters fortement roulé en boule puisse s'ouvrir dans une eau d'à peine 60-70°, est à mes yeux encore plus improbable que de serrer la main de la mystérieuse créature de Roswell échouée sur notre bonne vieille terre suite au crash en 1947 d'un engin spatial d'origine extra-terrestre... "



SCULLY : "plutôt que de croire en des créatures venant d'une autre planète, ne penses-tu pas qu'il s'agit en réalité plus simplement d'une conspiration internationale consistant à déstabiliser les utilisateurs de théières Yixing, seules capables de maintenir une eau au-delà du réel, euh pardon, je voulais dire au-delà de 95°...?"

MULDER : "je ne sais pas Scully, tout ceci me fait peur. Le pire est que les adeptes de cette pratique farfelue accroîtraient de façon exponentielle... En tout cas, pour le moment, la seule chose que je puis affirmer est que la Vérité est ailleurs car si ces faits s'avéraient réels, l'équilibre même de notre monde fragile s'en verrait menacé...!! "

2 janvier 2008

2008


Bonne année à toutes et tous.

Encore une année de plus, oui je sais c'est déprimant mais pensez à toutes vos galettes qui prennent également une année dans les dents. Moi ça me remonte le moral de les savoir encore meilleures que l'année précédente. Allez, courage ;-)

Au fait, j'allais oublier, mes bonnes résolutions pour 2008 : ne plus acheter de théières supplémentaires, boire un peu moins de Pu Er et davantage de Wulongs et pourquoi pas, même des thés verts !

24 décembre 2007

Joyeux Noël


Joyeux Noël à tout le monde.

Bonne nouvelle, il paraîtrait, selon mes informateurs secrets, que le Père Noël se serait mis au Gong Fu Cha ! Là-bas, chez lui dans le froid, il s'est épris de passion pour le thé chinois... (ça valait mieux pour lui car à force de carburer au schnaps de Laponie, la cirrhose lui pendait au nez !!)


Il n'est donc pas impossible que sa hotte sera remplie cette année de galettes, de théières et autres accessoires pour le thé. Je vous conseille donc de guetter sa venue et de vous installer confortablement à côté de votre cheminée mais pensez surtout à y déposez quelques coussins molletonnés car sinon votre théière risque de bien mal finir son voyage à travers la cheminée !!


Pour les mélomanes et pour ceux qui ont oublié le vrai sens de Noël (qui n'est pas, comme on pourrait le croire, la fête des commerçants ni une orgie de bouffe; il est toujours bon de le rappeler...), voici ma petite "playlist" de Noël; quatre disques pour la circonstance, quatre chefs d'oeuvre, des musiques magnifiques qui aideront l'auditeur à retrouver la beauté originelle de cette fête :

1/
MICHAEL PRAETORIUS (1571-1621)
- Polyhymnia Caduceatrix & Panegyrica -
Musica Fiata-La Capella Ducale (dir, Roland Wilson)
(Sony Vivarte S2K 62 929)

2/
HEINRICH SCHÜTZ (1585-1672)
- Weihnachts-Historie -
Concerto Vocale (dir, René Jacobs)
(Harmonia Mundi HMC 901310)

3/
MARC-ANTOINE CHARPENTIER (1643-1704)
- In Nativitatem Domini Canticum + Messe de Minuit -
Les Arts Florissants (dir, William Christie)
(Erato 8573-85820-2)

4/
JOHANN SEBASTIAN BACH (1685-1750)
- Weihnachts-Oratorium -
Collegium Vocale (dir, Philippe Herreweghe)
(Virgin VCD 7 90781-2)


Allez, bonnes fêtes, n'abusez pas trop des bonnes choses (pensez à la cirrhose du Père Noël...) et rendez-vous en 2008 pour de nouvelles aventures... ;-)

Philippe

PS : pas de sapin de Noël mais deux de mes bonsaï qui feront très bien l'affaire. Merci à Eric Laïs de me les avoir superbement taillés il y a deux semaines.

13 décembre 2007

Rrrr Zzzz !


Mercredi c'était hier et cette fois-ci, comme vous l'avez constaté, le nouvel article hebdomadaire que la planète entière attend impatiemment chaque mercredi soir la bave aux lèvres, n'a pas été publié sur la Galette de Thé. "O rage, ô désespoir, mais qu'allons-nous devenir..." se sont peut-être exclamés certains :-) (mes chevilles vont bien, merci ça va, elles n'ont pas encore explosé !!)

Non, non, rassurez-vous, je ne suis pas en phase d'hibernation même si on pourrait parfaitement le croire en regardant la photo du haut : je stocke, je stocke... Pire qu'un écureuil ! D'ailleurs à ce propos, j'ai trouvé la photo du seul écureuil au monde à fabriquer des galettes de Pu Er...


Je ne vous ai pas oubliés, fidèles lecteurs (et j'espère aussi lectrices...) mais je n'ai pas eu le temps cette semaine pour rédiger un post intéressant. Alors en attendant, restez chez vous, buvez du thé, même le plus mauvais, il sera toujours meilleur que le vin chaud vendu dans la plupart des baraques à merguez, euh pardon je voulais dire stands, du marché de Noël de Strasbourg qui ne ressemble presque plus à rien et qui n'a d'authentique plus que les clous rouillés des cabanes en bois !! Et par-dessus tout, pas le moindre stand de thé qui rehausserait un peu le niveau... Quelle misère, mais que fait la police ? ;-)

5 décembre 2007

Magnificat anima mea


Magnificat anima mea Dominum,
et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo.


Tels sont les premiers mots du Magnificat qui est un chant de louange à la Vierge Marie faisant partie des Vêpres, un office du soir particulièrement beau et émouvant.

Quel est alors le rapport avec le thé ? A priori aucun ! Cependant, en chantant dimanche dernier les Vêpres (il m'arrive de prêter occasionnellement ma voix à un choeur grégorien qui chante les offices en latin -messes traditionnelles en latin selon le rite tridentin St Pie V pour ceux qui connaissent-), j'ai voulu réécouter en rentrant chez moi un de mes disques favoris : les Vêpres de Monteverdi (1567-1643) dans une interprétation inégalée jusqu'à présent, celle de la Capella Reial sous la baguette inspirée de Jordi Savall.

Chef d'oeuvre parmi les chef d'oeuvres, ce monument de l'histoire de la musique sacrée occidentale rivalise de perfection avec les plus belles oeuvres telles que les passions de J.S. Bach. Monteverdi est très certainement mon compositeur préféré. Son oeuvre marque de plus la transition entre la musique de la Renaissance (XVIe s.) et la musique Baroque ce qui ouvre de nouveaux horizons sonores passionnants. L'enregistrement immortalisé par Jordi Savall et sa troupe est empreint d'un profond mysticisme. Le pouvoir de ces Vêpres transporte l'auditeur dans une dimension presque surnaturelle (lire l'explication érudite du chef dans le livret d'accompagnement).


Ce double CD sorti en 1989 vient tout juste d'être réédité sous le label AliaVox. Un prix très doux, un son remastérisé impeccable et une présentation luxueuse sous forme de digipack. Et c'est là que le parallèle avec le Pu Er intervient !

En effet, l'illustration de la couverture du coffret, sur laquelle on aperçoit le couronnement de Marie par le Christ, m'a immédiatement fait penser à une de mes plus belles galettes de Pu Er !


Les deux auréoles dorées des personnages me rappellent la magnifique(-cat !) galette n°9 de 1981, une acquisition toute récente pouvant également être assimilée à un chef d'oeuvre. Une "iron cake red mark", d'après le peu d'informations que je possède. Outre le fait que cette galette est exceptionnellement rare et désormais introuvable, elle a une particularité qui la distingue de ses consoeurs : sa finesse (moins d'un centimètre d'épaisseur) et sa dureté (il est très difficile de la casser).


Je ne peux m'empêcher désormais de faire un rapprochement entre la finesse et la forme peu banale de cette galette et l'aspect subtil et irréel des auréoles de tous ces saints immortalisés par les grands peintres de l'époque baroque !! Et oui, je sais c'est un peu tiré par les cheveux mais bon, une imagination trop foisonnante n'a jamais tué personne ;-)

Cette galette est semblerait-il un collector très prisé par les collectionneurs de Pu Er du monde entier. Epuisée depuis des lustres à la M3T, j'ai réussi miraculeusement à en racheter une à un ami qui en avait plusieurs (le chanceux !). Nous sommes dans un autre monde. Le monde de l'inaccessible, celui des Pu Er rares de collection. Une certaine quête de l'absolu, de la perfection. Etrange similitude avec le monde du sacré...

Quant au goût, j'en reparlerai plus en détail une prochaine fois. Je ne l'ai goûtée qu'une seule fois pour l'instant mais je peux d'ores et déjà vous dévoiler que dégustée en Gong Fu Cha tout en écoutant les Vêpres de Monteverdi, cette galette n°9 de 1981 vous fera perdre toute notion de la réalité... La sainteté à portée de main ! Une auréole risque même à terme de vous pousser sur la tête... !!!


CLAUDIO MONTEVERDI
Vespro della Beata Vergine 1610
La Capella Reial (dir, Jordi Savall)
(Alia Vox AVSA9855)

28 novembre 2007

Pu Er et les lilliputiennes



Les petites théières, c'est l'ultime parade selon moi pour affronter la hausse actuelle des prix du marché des Pu Er. De la même façon, il est préférable pour dépenser moins de carburant de rouler en petite voiture plutôt qu'en 4x4.

Pour ma part, je me suis entouré de 4 merveilles d'environ 5-6 cl. Des théières de potier, magnifiques et qui possèdent toutes un je-ne-sais-quoi de plus par rapport à leurs grandes soeurs. Les infusions sont généralement bien plus juteuses, plus "grasses" avec des parfums fortement concentrés et très présents (comme pour les huiles essentielles).


Comme le souligne Raphaël dans son dernier article, la raréfaction des Pu Er anciens exige la mise en place d'un plan B. Je suis bien du même avis que lui. De plus, comme je ne fais pas parti de ceux qui s'extasient devant un Pu Er très jeune en lui trouvant quantité de parfums maaaagnifiques, je préfère continuer de côtoyer le passé en essayant d'explorer des voies détournées pour y arriver.

Pour se faire, il est indispensable de prolonger la vie de mes Pu Er anciens (donc de les économiser) par tous les moyens. Je n'arriverai jamais à apprécier autre chose que ce goût si typique, si caractéristique d'un Pu Er âgé qui correspond à mes yeux au seul et véritable goût de Pu Er. Je n'aurais très certainement jamais été séduit par ces thés si je n'avais connu que des Pu Er de 1 an d'âge. Par bonheur, le premier véritable Pu Er que j'ai bu dans ma vie était un n°11 de 1985. Imaginez un peu le marquage au fer rouge de mon esprit : le Pu Er ce sera désormais ces parfums ou rien d'autre.... !

Il par conséquent impensable que j'attende 20 ans pour apprécier enfin les jeunes, car j'ai bien l'intention d'essayer de tenir encore 20 ans avec mes Pu Er de 20 ans !! Pour y arriver, vous l'aurez deviné, la solution miracle saute aux yeux : la théière microscopique qui préserve son stock de grands crus.


Toutes les techniques d'infusion peuvent être testées mais une seule est économiquement efficace car elle n'affectera pas trop nos précieux trésors : le Gong Fu Cha dosé à 2 grammes dans une théière de 5-6 cl. Cette réalité est peut-être la principale raison de la difficulté de se procurer des théières minuscules de qualité. Les amateurs avertis de Pu Er de par le monde, sûrement confrontés aux mêmes problèmes, gardent jalousement leur petites théières et ne les revendront probablement jamais afin de pouvoir perpétuer encore bien longtemps ces moments de bonheur indescriptibles comme ceux passés à déguster par-exemple une galette n°13 de 1984. Quelle galette des années 2000 arrive à procurer un plaisir similaire ? A mon sens, aucune !

Mes petites théières (de gauche à droite circulairement) :

- taïwanaise de potier (6 cl) -M3T- pour les Pu Er
- taïwanaise de potier (6 cl) -M3T- pour les wulongs boisés et fruités
- taïwanaise de potier (6 cl) -M3T- pour les wulongs fleuris
- taïwanaise de potier (5 cl) -Tea Masters- pour les Pu Er

La petite théière qui repose sur la galette 1984/13 est celle de Tea Masters. Excellente et très proche de la qualité des Yixing en "terre épuisées" de la M3T. Ce sera mon ultime théière qui clôturera définitivement ma collection !

21 novembre 2007

Pu Er Dong Ding


Retour à mes premières amours... Le Dong Ding de Taïwan. C'est grâce à ce dernier que je suis tombé un jour dans la marmite du Gong Fu Cha de laquelle je ne suis plus jamais ressorti ! Mon premier choc, un Dong Ding d'entrée de gamme bu à la M3T : les petites tasses, la petite théière, le pot de réserve et tous les gestes et ustensiles qui participent à l'ambiance. Que de souvenirs... mon oeil est tout humide !

J'ai cependant délaissé un peu ces derniers temps les Wulongs au profit des Pu Er qui furent par la suite un choc encore bien plus important, mais ceci est une autre histoire... Le Dong Ding a conservé une petite place à part dans mon coeur : la nostalgie de mes débuts incertains très probablement.

Toujours attentif aux nouvelles références proposées chaque saison par Stéphane de Tea Masters, je dérogeais cette année à la règle de liquider (comprenez -jeter-) le stock de bleu-verts de l'année écoulée au profit des nouvelles récoltes si attirantes de par leur fragilité et leur fraîcheur absolue.

Ayant encore en stock pas mal de Wulongs datant de 2006, je ne souhaitais pas passer une nouvelle commande de ces merveilleuses récoltes 2007 avant d'avoir consommé tous les vieux clous âgés de plus d'un an. Je m'étais dit qu'au pire ils seront un peu éventés et moins parfumés mais encore tout à fait buvables...


Mais quelle erreur d'appréciation car ils méritent bien mieux que le terme de buvable, ils me paraissent tout simplement meilleurs que frais !

Par exemple le Wulong Dong Ding 'classique' 2006 de Tea Masters s'est arrondi en un an. Les notes fleuries sont nettement plus fruitées, plus sucrées. La liqueur a un aspect gras en bouche et pénétrant qui explose les papilles. Les parfums sont éclatants, sans la moindre agressivité avec une très belle tenue et un final magnifique. On sent le fruit mûr. Je préfère largement ce Dong Ding aujourd'hui qu'au printemps 2006. Un calme s'est emparé de ces feuilles transformant la fraîcheur de départ en une belle maturité créatrice de goût.

Mais comment est-ce possible ?? Est-ce dû à un stockage impeccable sans faille (en toute modestie bien-sûr !) ou tout simplement à la qualité exceptionnelle de cette référence ? Je n'ai jamais douté un seul instant de la haute tenue des thés de Tea Masters mais une telle amélioration de goût sur un Wulong, là je dois l'avouer, c'est la première fois que je suis confronté à une telle énigme !!! Stéphane (ou une autre personne) aurait-il un élément de réponse ?


Avant de tirer une quelconque conclusion hâtive, il serait intéressant de goûter à nouveau ce même Dong Ding dans un ou deux ans. Le problème est que mon sachet commence à se vider furieusement... Des amateurs pour tenter l'expérience ?

Si maintenant les Wulongs se prennent pour des Pu Er en se bonifiant avec le temps, on n'est vraiment pas sortis de l'auberge :-))

14 novembre 2007

Le thé c'est grave cher !!


Un post faisant écho à un fil de discussion sur le blog Tetsubin.

Kevin étudiant en sociologie (donc en grève forcément...) et épris d'idéologie chinoise (logique dans ce milieu de cocos), pris goût un jour au thé. Grand bien lui en fasse. Un intérêt soudain après une soirée entre potes où il était question de refaire le monde après dix joints et autant de bouteilles de Gato Negro (c'est chilien, cool, des camarades en lutte...).

Le lendemain, notre héros décida de parfaire sa culture en thé. Il se rendit dans l'hyper de son quartier et acheta un assortiment de thés de Chine qu'il jugea fort opportun : 5€ la boîte de 20 sachets. C'est un peu cher selon lui mais pour du thé vert, ça les vaut sûrement car c'est la classe, ça déchire !

Ayant parcouru assidûment les nombreux blogs sur le thé, notamment certains très réacs (sic) qu'il exècre particulièrement mais qu'il ne rechigne pas pour autant à consulter pour y puiser quelque inspiration, il se lança un beau matin dans une ébauche de préparation de thé. A coup de renfort d'encens et de musique Zen (en MP3 car il ne faut surtout pas concéder un seul centime à l'industrie du disque; "salopards de capitalistes" dixit Kevin...), il trempe son sachet dans sa grande théière d'un litre payée tout de même 15€. Attention, Kevin se lâche. Figurez-vous pour acheter cet objet, il a été obligé de renoncer à son nouveau tee shirt à l'effigie du Che, son idole qu'il voulait s'offrir pour être dans le vent et surtout pour épater Marion une copine rencontrée dans un collectif de défense des sans-papiers.

"Mais Grands Dieux, que se passe-t-il, ce thé n'a-t'il donc aucun goût ? Je ne comprends pas..." s'exclame-t-il, "... j'ai pourtant pris du haut de gamme. Grave, car 5€ c'est déjà pas donné... ". Kevin, jamais découragé ni à court d'idées (normal il brasse du vent en socio), décide de corser son infusion en utilisant simultanément deux sachets qu'il oublie dans sa théière d'un litre. Au bout de 10 minutes, il goûte le breuvage qui commence heureusement à lui plaire. Le goût du thé doit ressembler à ça selon lui. Il décide d'en parler sur son blog et de partager avec d'autres djeun's sa longue expérience de l'art du thé. Soit, pourquoi pas. Aussi décide-t-il pour conclure de prendre encore quelques photos pour illustrer ses propos : deux autres sachets passent à la trappe. Déja 5 sachets pour 3 litres, soit 1,25€...

Au bout de quelques jours à peine, Kevin a épuisé sa boîte de 20 sachets. Mais il s'est régalé et pour pas cher d'après lui : 10 litres de thé pour 5€. C'est mortel trop cool ! Mais hélas, va falloir recharger la mule, à savoir en racheter... Au passage, il en a profité pour dénoncer sur certains blogs le prix prohibitif des thés soit-disant haut de gamme : exemple les 20€ pour 100g d'un vrac de Pu Er de qualité vanté par plusieurs blogueurs qui l'ont acheté dans une maison de thé célèbre. "Quel scandale, mais c'est hors de prix, des voleurs, des escrocs. Une boutique qui pue le fric, pour ces salauds de riches... Je suis un pauvre étudiant, moi... " rétorque Kevin en colère sûrement le poing levé.




Et pendant ce temps-là, ces mêmes amateurs de thé un rien plus futés que notre Kevin encore trop perdu dans ses rêves utopiques d'un monde meilleur, se régalent depuis des semaines avec leurs 100 g qui durent, qui durent, qui durent... Kevin quant à lui en est à sa 5e boîte de thé bas de gamme à 5€ (soit 25€ au total) alors que les autres dégustent toujours tranquillement leurs 20€ de vrac "haut de gamme" et en sont à leur 50e Gong Fu Cha.

RAISONNEMENT :

option "thé haut de gamme" si hors-de-prix aux yeux de Kevin :

- 100 g de vrac à 20€ soit 0,20€ le gramme.
- 2 g environ sont utilisés dans une théière de 10cl pour préparer un Gong Fu Cha qui permet de boire au-moins 1 litre de thé (une dizaine de passages avec les mêmes feuilles) soit 0,40€ le litre.
- les 100 g permettent par conséquent la préparation de 50 Gong Fu Cha soit une cinquantaine de litres de thé !!!

option "thé bas de gamme" pas cher pour le bonheur de Kevin :

- une boîte de 100 g contenant 20 sachets et coûtant 5€.
- un litre d'eau nécessite au-moins deux sachets pour que le futur breuvage se rapproche un peu du goût de thé.
- une boîte permet donc de préparer 10 litres de "thé".
- pour préparer les 50 litres de thé comme ci-dessus, il faut 5 boîtes, soit au total : 25€.... cqfd .... grand moment de solitude pour notre pauvre Kevin ;-)

Moralité de l'histoire : un choix de vie : 25€ pour un thé minable mais "politiquement correct" ou 20€ pour un thé de prestige mais prédestiné soi-disant à ceux qui en ont les moyens selon une réputation décidément encore très tenace.

Bref, quoiqu'il en soit, la conclusion de cet exposé (certes un peu long... désolé !) est la suivante : un thé bas de gamme sera TOUJOURS plus cher qu'un thé haut de gamme. Pour ceux qui n'auront toujours pas compris le raisonnement, passez définitivement à autre chose, il y a tellement d'autres passions dans la vie (musique, livres, sport, photo, cinéma, etc, etc...) que le thé mais sachez que toutes ces sources de plaisir nécessiteront à un moment ou à un autre des dépenses bien plus importantes que celles généralement octroyées au thé qui restera, quant à lui, encore bien longtemps ce qu'il y a de moins cher au monde. Et comme disait si justement Michel du blog Teajar : le thé est coûteux mais pas cher.

7 novembre 2007

Griserie de Novembre


Une bien triste journée de repos aujourd'hui : temps gris, peu de lumière, pluie, feuilles mortes tapissant les sols. Une colonie de corbeaux squattent même les arbres d'en face depuis quelques jours. Bref, on est en novembre ! En même temps, ce type d'ambiance n'est pas pour me déplaire.

Aussi n'avais-je pas vraiment envie de me lancer dans une dégustation prestigieuse mais à défaut, je me suis rabattu sur une galette quasiment oubliée : la n°14 de 1996 qui errait parmi mes belles galettes des années 80. A vrai dire, je ne me souvenais presque plus que j'avais cette référence en stock, c'est dire que le souvenir laissé par ce Pu Er acheté à la M3T était bien éphémère !

Et pourtant, cette galette modeste (même son prix l'était...) a bel et bien évolué de manière positive. La précédente dégustation doit remonter à bien des années. En relisant mes notes de l'époque, je la trouvais intéressante mais guère plus. Elle me parut surtout assez agressive avec des parfums trop tranchés et peu subtils, limite amers. C'est probablement pour cette dernière raison que j'avais quelque peu négligé cette brave galette.

Or cette amertume, un peu désagréable, s'est métamorphosée en quelque chose de bien rond qui rajoute beaucoup de gras à l'ensemble. Les parfums ne sont plus noyés comme auparavant mais se distinguent parfaitement. La jeunesse est toujours présente mais une espèce de maturité de mi-parcours vient emboîter le pas. Franchement, je suis surpris de cette évolution !


Alors que dois-je en conclure ? Est-ce dû à la qualité intrinsèque de ce Pu Er ou à la qualité de son stockage chez moi (en toute modestie bien-sûr...) ? La question mérite franchement d'être posée car au départ ce Pu Er ne semblait pas appartenir à la famille des très grands crus, cette race de seigneurs qui a pour destin de vieillir tranquillement et de se bonifier pour devenir une légende. Non, il s'agit en fait d'une galette de consommation courante, banale. Probablement un mélange de différentes provenances.

Si cette amélioration est liée au stockage, j'en serais étonné mais infiniment ravi !!! Vous imaginez un peu ce que pourrait donner dans quelques années certaines références comme la 1998 n°31 ou la 1999 n°30 ?... Un bonheur que je n'ose à peine espérer.

Néanmoins, pour sa réussite, ce Pu Er nécessite d'après moi une théière qui monte très haut en température et surtout pas un Zhong qui réveillerait à tous les coups cette amertume apaisée. J'ai utilisé ma Yixing en "terre épuisée" de 12 cl à parois très épaisses qui maintient si bien (et si longtemps) la chaleur.

Certains aspects de ce thé m'ont immédiatement rappelé le très joli vrac n°23 de 1997 que beaucoup apprécient à juste titre, moi le premier. Je pense ne pas trop me tromper en prétendant que les caractéristiques communes à ces deux Pu Er sont les suivantes : notes fruitées, un rien camphrées et une belle fraîcheur évoquant un peu l'amande encore jeune.

Finalement une journée bien moins grise et bien plus joyeuse que prévue !

31 octobre 2007

Requiem Aeternam


Requiem aeternam dona eis, Domine :
et lux perpetua luceat eis.

Te decet hymnus, Deus, in Sion,
et tibi reddetur votum in Jerusalem :
exaudi orationem meam;
Ad te omnis caro veniet.

Requiem aeternam dona eis, Domine :
et lux perpetua luceat eis.

En cette période de la Toussaint et plus précisément du 2 novembre où l'on commémore la mémoire de tous les défunts, je souhaitais rendre "hommage" à quelques Pu Er censés être exceptionnels (... et donc chers ndlr) mais qui dès l'origine étaient sans goût. A ces galettes & briques sans vie, sans relief, sans rien. A ces Pu Er qui possèdent le don miraculeux de transfigurer l'eau chaude en H2O... !

Et pourtant j'ai tout essayé : en Yixing ancienne, en taïwanaise, en zhong, en théière en porcelaine, en mug avec oreilles de Mickey, en intraveineuse, etc... Rien toujours rien !! J'ai également chargé le mulet en me risquant à des dosages de fou du genre "à-la-Fortunato" (cf. fin du post précédent)... Rien n'y fit. Toujours d'une platitude impressionnante.

Et si au-moins on y sentait quelques rares parfums de potiron, ces Pu Er pourraient à la limite évoquer et surtout se substituer à cette fête RIDICULE d'Halloween mais non, hélas il n'en est rien.

Quelle tristesse ! Mais dans mon infinie bonté, j'ai réussi à leur éviter le purgatoire (càd la benne à ordure !!). En effet, ces Pu Er me servent généralement à culotter mes théières nouvellement acquises qui ont besoin d'être réveillées. Un bien étrange paradoxe en somme : ressusciter des théières anciennes avec du thé "mort" !!

In memoriam :

- Galette n°4 de 1986 (Maison des Trois Thés)
- Brique Xiaguan Ripe Pu-erh de 1997 (Yunnan Sourcing)
- Brique Jiang Cheng de 1990 (Tea Masters)


Que leur âme repose en paix.
(remarque : afin de ne faire de tort à personne en particulier, j'ai cité les Pu Er "morts-vivants" les plus représentatifs de mes trois principaux fournisseurs)

Pour les mélomanes, je conseille un disque magnifique pour la circonstance : le Requiem d'Ockeghem (1420-1497) interprété magistralement par l'ensemble Organum. Croyez-moi, ça change du sempiternel Requiem de Mozart qui est, selon moi, une oeuvre bien moins intéressante car moins aboutie et spirituellement nettement moins profonde.

Johannes OCKEGHEM : Requiem
Ensemble Organum (dir, Marcel Pérès)
(Harmonia Mundi HMC 901441)



PS : un grand merci à Emmanuel et Guillaume pour l'envoi d'échantillons de Pu Er de la M3T que je ne connaissais pas encore :-)

24 octobre 2007

Trois petites théières entre amis


Pour Lionel et Alexandre, qui me l'ont demandé à plusieurs reprises, voici les photos de mes trois nouvelles théières.


La plus petite (env. 5 cl) est une taïwanaise de potier très connue par les clients fidèles de la Maison des Trois Thés. En effet, elle officie là-bas pour la dégustation des Pu Er sur place. Cette théière est aussi célèbre car il s'agirait d'après Mme Tseng de l'une des plus performantes pour les Pu Er jamais produites. D'après ce que j'en sais, elle aurait été fabriquée à seulement 20 exemplaires dans le monde entier selon une technique particulière de coulé-moulé par un potier qui ne désire pas en produire davantage. La terre est sublime et très dense ce qui lui permet de monter très haut en température. Pour l'instant, les tests sont plus que concluants... La grosse claque, quoi ! Merci de tout mon coeur à la personne qui me l'a revendue...


La suivante, ramenée précédemment de mon séjour à Paris, est également une taïwanaise de potier de la M3T que j'utilise avec les Pu Er très jeunes, peu fermentés car elle a été fabriquée à l'origine pour être utilisée avec les Dan Cong. Comme je n'affectionne pas particulièrement cette famille de Wulongs, je m'en sers pour les jeunes Pu Er encore très verts. Sa contenance est de 8 cl, les parois sont très fines ce qui en fait une théière d'une légèreté étonnante (on ressent cette légèreté dans le rendu des infusion; c'est très curieux...).


La dernière est une taïwanaise brune de 10 cl. Il s'agit de ma toute première théière de cette couleur. J'en déduis que c'est une Zisha mais sans en être certain à 100%. La terre est vraiment très belle, légère et semble particulièrement à l'aise avec les Pu Er "cuits". J'ai testé deux vracs (83 et 92) et je dois reconnaître que les arômes sont bien différents de ceux laissés par une théière Zhuni (rouge) ou une Duanni (plus orangée-jaune). Comme je n'ai aucune explication à apporter pour comprendre ce type de phénomène, je laisse le soin à ceux qui le souhaitent d'en parler (Stéphane, etc...). J'ai surtout l'impression que cette terre sombre est particulièrement poreuse et relativement tendre. J'adore !!


J'ai passé un moment vraiment agréable avec l'ami Fortunato qui pour l'occasion a ramené une partie de son matériel de thé japonais sur son lieu de travail... Un excellent souvenir avec un personnage à forte personnalité, passionné et fort sympathique !

Ben oui, c'est bien moi, comme ça vous aurez vu une fois ma tronche, profitez-en bien car ce n'est pas sûr que je laisserai cette photo bien longtemps sur le blog !!! Photo prise par Fortunato lors de notre brève rencontre. Je lève mon bol de Matcha (de la mort qui tue... quel dosage de fou, hein Fortu... ?!!) à tous ceux qui m'ont permis d'avoir de si belles théières et bien-sûr à vous tous, fidèles lecteurs !

18 octobre 2007

Casse-Noisette


La curiosité du jour, car il s'agit bien d'une curiosité, est une brique de 250 g de la Menghai Factory achetée cet été chez Yunnan Sourcing.

Un Pu Er très original dans sa conception : des noisettes de Pu Er compressées appelées "Lao Cha Tou". Une brique datant de 2006 et constituée de feuilles qui ont entre un et quatre ans.

Je n'ai pas très bien compris (les anglophones trouveront un petit explicatif sous la description de cette brique) mais je suppose qu'il s'agit d'un mélange de feuilles ayant subit un processus de fermentation particulier. Puis une soufflerie trie ces feuilles selon leur taille qui finissent par se transformer en noisettes. Enfin, les noisettes sont compressées pour former la brique finale. Bref, pas très clair tout ça !!

Quoiqu'il en soit, je m'attendais à un concept marketing sans grand intérêt. Or j'ai été agréablement surpris par ce Pu Er. Evidemment, il ne s'agit pas d'un grand cru millésimé ni de théiers sauvages ou millénaires, etc, etc,... mais probablement de théiers basiques venant des quatre coins du Yunnan !! Ce n'est pas grave car le résultat est surprenant et étonnamment agréable.


Dosage : 3 grammes. Préparation en Gong Fu Cha dans une taïwanaise de 5 cl.


Il s'agit, vous l'aurez compris, d'un Pu Er "cuit". Les feuilles exigent l'eau la plus chaude possible afin de permettre à ces fameuses noisettes de s'ouvrir facilement et de s'exprimer pleinement. Et là, surprise : une liqueur limpide (bon signe en général) très parfumée, joliment boisée sans aucune note de moisi ni de cave humide pourrie comme c'est si fréquemment le cas avec les "cuits" bas de gamme.

Pour autant ne vous attendez surtout pas à trouver des odeurs de champignon, de terre humide, au contraire, vous serez surpris par un goût prononcé de miel, de vanille. Absolument aucune odeur disgracieuse de fumée. Une belle longueur en bouche avec beaucoup de rondeur et de velouté. On n'est pas très éloigné de la douceur d'un Dian Hong Gong Fu (thé rouge chinois).

Cette légèreté agrémentée de ces notes miellées apportent un côté aérien à l'ensemble. Beaucoup de finesse pour une brique qui de prime abord ne m'inspirait aucune confiance mais plutôt dédain. Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses !

Très intéressant, vraiment.