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15 août 2008

Transsubstantiation


Il est étonnant de constater comme cette théière d'une dizaine de cl se comporte parfaitement bien avec les Pu Er cuits. Un peu comme si la couleur brune de la terre était en harmonie avec les reflets sombres de cette famille de Pu Er très particulière.


Je ne possède qu'une seule théière de cette couleur et de ce type de terre. Je n'ai aucun renseignement précis à son sujet. Néanmoins, certaines caractéristiques sautent aux yeux : la porosité de la terre qui semble moins dure que celle de mes autres théières, une montée rapide de la chaleur et une impression générale de mémorisation des précédentes infusions. En effet, elle semble bien réagir à l'alchimie du culotage. Les infusions ont beaucoup de relief et surtout de profondeur. Et chose très surprenante, la théière sèche libère constamment de discrètes notes de noisette qui témoignent des précédentes infusions. Sympa !


Revenons au thé. En règle générale, les Pu Er cuits (jeunes ou vieux) sont souvent moyens voire médiocres. Les parfums sont basiques : terre humide, cave, fruits secs, bois divers et variés allant de l'essence précieuse jusqu'au contreplaqué humide du cageot à poissons d'Ordralfabétix dans Astérix ! Hélas, ces odeurs pas franchement "top" caractérisent la quasi totalité des Pu Er en vracs vendus dans les magasins de thé généralistes.

Pour vous parler de cette théière, j'ai choisi la brique n°10 de 1983 que je connais bien. Dans toutes mes autres théières à Pu Er, je note ceci à son sujet : sucré, équilibré, notes de noisette, vieux bois, senteurs de tourbe... Bref du classique mais du bon ! Dans celle-ci, on retrouve bien évidemment les mêmes parfums mais ceux-ci sont comme transcendés. Ils prennent corps. Exemple : c'est la tourbe physiquement présente qui est en bouche et plus seulement une odeur l'évoquant. Il en est de même pour les fruits secs : on croque dans la noisette. C'est impressionnant. Mes "Yixing" rouges réagissent totalement différemment : beaucoup de profondeur mais pas de "présence réelle" des parfums. Les taïwanaises, quant à elles, se contentent brillamment d'analyser en restituant les odeurs de façon presque scientifiques. Alors pourquoi cette petite brune réagit-elle si bien ? Mystère...


Par-contre, cette théière présente un inconvénient majeur, elle n'est absolument pas intéressante avec les Pu Er crus, surtout les jeunes encore verts. Elle fonctionne visiblement uniquement avec les cuits ou éventuellement avec certains crus très mûrs (donc de plus de 30 ans). Par ailleurs, il ne serait peut-être pas complètement stupide de la tester un jour avec un thé rouge chinois tel qu'un Dian Hong par exemple : le résultat pourrait s'avérer surprenant à mon avis.

Quoiqu'il en soit, vive les Yixing brunes dont celles de qualité seraient, paraît-il, assez rares à dénicher. Ce n'est sûrement pas sans raison car elle est la compagne idéale de l'amateur de Pu Er cuit (que je suis !).

remarque : si une bonne âme pouvait me donner la traduction du sceau, je lui en serais reconnaissant ;-)

13 octobre 2006

Pour cent briques t'as plus rien... !


Peut-être, mais avec une seule brique n°10 de 1983 (M3T) vous avez entre les mains les clefs qui ouvrent les portes du Paradis !!!

Sur un conseil monumental de Gilles, l'excellent vendeur de la célèbre boutique de la Place Monge à Paris, j'ai découvert un jour ce trésor inestimable.

Il est assez difficile de décrire avec des mots simples cette brique de 250 grammes. Il faut la vivre, un peu comme la galette n°11 de 1985 dont je vous ai déjà parlé.

Pour commencer, il faut choisir dans votre collection la théière la plus masculine possible. Je m'explique : je pense qu'il est impératif d'utiliser une théière racée, aux paroisses épaisses, granuleuses, aux formes viriles pour "posséder" pleinement cette brique qui s'avérerait totalement incontrôlable dans une théière médiocre, fragile ou aux parois trop fines (un peu comme un pilote débutant à bord d'une Ferrari). J'ai choisi une Yixing en terre épuisée épaisse généralement très "rentre-dedans" avec les Pu Er bien mûrs. De forme classique, elle fait 10 cl et est relativement vieille. Patiemment patinée par le temps, un peu brute de décoffrage mais avec un grain très sensuel, cette théière me semble parfaitement appropriée.

Dosé à 5 grammes pour un effet maximum, voilà notre couple Pu Er-Yixing prêt à rugir de manière tonitruante... Dès la première infusion, on atteint des sommets. D'entrée de jeu, on observe un équilibre parfait au niveau de toute la palette aromatique (notes de tête comme de fond). Des senteurs très boisées, de tourbe, de vieux bois précieux, des notes de fruits secs d'automne (comme la noisette) ainsi que quelques rappels de pâte d'amande ou même de vanille. Ce Pu Er me paraît très gourmand, sucré, plein, rond, juteux avec une mâche extraordinaire et surtout long en bouche... Bon, il faut que je me calme là car je suis entrain de m'emporter !!!

Préparé en Gong Fu Cha, les infusions ne cessent de se succéder en se bonifiant à chaque fois. Mais comment est-ce possible ? Touchons-nous là vraiment du doigt à quelque chose de divin ?

Vous l'aurez compris, je place cette brique n°10 de 1983 au panthéon de mes thés préférés toutes catégories confondues. Mais je ne suis pas le seul me semble-t-il.... L'ami Lionel, à qui je dédie cet article, ne plane-t-il pas au dessus des nuages depuis qu'il a cédé un jour à la tentation de cette brique ? Je me trompe ??...